site de Marie-Adrienne CARRARA, écrivain-biographe

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Férue de littérature, Marie-Adrienne a plaqué son travail d'opticienne pour vivre de sa plume. Aujourd'hui, écrivain-biographe, elle raconte son parcours.
Ce matin, je rencontre Jacques pour la dixième fois. Le rendez-vous a lieu chez lui, comme d'habitude. Voilà déjà plusieurs mois que cet ancien psychiatre me livre chaque semaine des pans entiers de sa vie. Avant lui, il y a eu Martine, Gérard, Valérie, Robert... Comme eux, Jacques m'a sollicitée pour écrire ses mémoires et laisser un témoignage à ses petits-enfants.
Rédiger des histoires pour mes enfants, quel plaisir !
Il y a vingt ans, jamais je n'aurais imaginé vivre de ma plume ! Ado, quand mes copines couraient les garçons, je passais chaque samedi après-midi à dévorer les livres, dans la plus grande librairie de Lille. Passionnée de littérature, je rêvais de faire une carrière d'écrivain. « Ce n'est pas un vrai métier ! » me rabâchaient mes parents. Alors, sous la pression familiale, après le bac, je me suis lancée dans une carrière plus sage... d'opticienne !
Installée dans l'Oise, l'aspect relationnel de cette profession me plaisait mais j'avais toujours l'écriture dans le sang. Derrière le comptoir, je n'attendais qu'une chose, rentrer à la maison pour prendre la plume, encore et toujours, parfois jusque tard dans la nuit. Rédiger des nouvelles ou des histoires pour mes enfants, Antoine et Lucille, était un véritable plaisir ! Me faire éditer n'était pas vraiment un objectif.
En 1999, nous avons quitté l'Oise pour revenir dans le Nord, ma région natale. Là, on m'a proposé de prendre la gérance d'une nouvelle boutique d'optique. Entre temps, le métier s'était « déshumanisé », au point de se transformer en une activité purement commerciale. À l'aube de la quarantaine, c'était le moment de faire le point. Pourquoi continuer à aller travailler tous les jours à reculons ? Ma passion était devenue dévorante. Participer à des concours de nouvelles, à des ateliers d'écriture pour s'exercer, enrichir son style me permettait de tenir le coup. Tout plaquer pour devenir écrivain ? Je n'aurais jamais osé l'envisager si mon patron n'avait pas mis brusquement la clef sous la porte, en 2001. Au chômage, j'ai alors eu l'idée de mettre cette nouvelle disponibilité à profit en recueillant, par écrit, l'histoire de gens ordinaires.
Mais d'autres écrivains en herbe avaient eu la même idée... Il existait en Bretagne un réseau de « Nègres pour inconnus » créé par Guillaume Moingeon. Ni une ni deux, je me suis rendue sur place pour le rencontrer. Véritable précurseur dans ce secteur, depuis 1997, cet ancien journaliste rédigeait des biographies pour Monsieur et Madame Tout-le-monde. Un travail payé à l'heure, à l'instar d'un artisan. Si d'autres gagnaient leur vie grâce à l'écriture, pourquoi pas moi ? De retour à la maison, je me suis lancée. Le temps de trouver une imprimerie et, en 2004, je suis devenue officiellement écrivain-biographe.
Après un entretien, j'écoute des chants grégoriens
Il ne me restait plus qu'à trouver les premiers clients. Des prospectus de présentation sous le bras, j'ai arpenté bibliothèques, marchés, maisons de retraite... sans succès. Et puis un jour, coup de chance : le magazine de la Caisse régionale d'assurance maladie diffusé à huit cent mille exemplaires à tous les retraités du Nord-Picardie) me consacre un article. Résultat : j'ai reçu cent vingt appels en quelques semaines ! La machine était en route. La première cliente n'avait que 40 ans et avait reçu, pour son anniversaire, le financement du livre de sa vie. Puis, grâce au bouche-à-oreille, j'ai réussi à écrire une dizaine d'ouvrages en à peine un an.
Depuis, chaque jour, hommes et femmes de tous âges et de tous milieux sociaux me transmettent leur expérience, racontent un destin, immortalisent un métier, témoignent d'un sujet qui les touche particulièrement... Souvent, c'est un tiers — un fils, une fille, des petits-enfants — qui prend l'initiative. Un rendez-vous est alors fixé pour faire connaissance. Si cela fonctionne, une première série d'entretiens d'une heure est programmée. Ne sachant jamais ce que les gens vont me raconter, le choc est parfois violent ! Comme ce jour où une femme de 75 ans s'est brusquement effondrée en me révélant son passé d'enfant martyre... Certains veulent aussi coucher sur le papier une page de leur vie pour mieux la tourner. À l'image de cette cliente qui n'avait jamais réussi à faire le deuil de son mari. En faisant revivre leurs souvenirs, elle est finalement parvenue à accepter cette absence.
Au fil des entretiens, il a fallu apprendre à gérer les émotions, à me protéger aussi. D'ailleurs, je ne me sépare jamais d'un CD de chants grégoriens que j'écoute en boucle en voiture après chaque séance. C'est un petit truc pour faire le vide.
Se livrer fait du bien à tout le monde. Pourtant, l'écrivain-biographe n'est ni un psy ni un confesseur. Juste une oreille attentive qui recueille confidences, éclats de rire, remords ou regrets. Un jour, on plonge dans le quotidien d'une famille pendant la Seconde Guerre mondiale, le lendemain, dans celle d'un mineur polonais ou d'un ancien cancre devenu chef d'entreprise. À la manière d'une comédienne, il est indispensable de se mettre dans la peau de l'interlocuteur. Chaque livre est une aventure.
En quatre ans, une quarantaine de biographies ont été éditées (entre cinq et cinq cents exemplaires) à compte d'auteur. Je participe également à de nombreuses conférences pour présenter le métier. Actuellement, j'ai neuf récits en route, dont celui d'un couple qui fêtera bientôt ses soixante-dix ans de mariage, et celui d'un Algérien qui a grandi en France. Des livres qui ne trôneront que dans les bibliothèques familiales. Mais qu'importe, redonner de l'importance, redonner de l'importance à une vie comble la mienne. Et qui sait, un jour, j'écrirai peut-être la biographie d'un écrivain-biographe...
Il habite près de chez vous
Choisissez quelqu'un qui vit dans votre région pour limiter les frais de transport.
Il vous écoute
Assurez-vous que le courant passe dès la première séance (souvent gratuite).
Il sait écrire
Demandez à lire quelques-uns de ses ouvrages.
Soyez attentif au style et à l'orthographe.
C'est un professionnel
Il doit impérativement posséder un numéro de SIRET et émettre des factures.
Il travaille avant d'être payé
Vous réglez à la fin de chaque séance (environ 100 € pour une heure d'entretien + une heure d'écriture).
N'acceptez aucun forfait.
Le nombre de séances varie en fonction de l'histoire et de votre budget.
Il a une déontologie claire
Il doit vous garantir sa discrétion, respecter les délais, ainsi que les clauses légales sur les droits d'auteur.

Elle en parle avec des étincelles dans les yeux et des trémolos dans la voix. Quand Marie-Adrienne Carrara évoque son métier d'écrivain biographe, on ressent toute l'énergie qu'elle déploie et la passion qu'elle éprouve pour écrire l'histoire de ceux qui font appel à ses services. Depuis quatre ans maintenant, elle écrit l'histoire des personnes qui ne veulent pas que le passé s'efface.
Elle a été opticienne pendant 20 ans, un métier qui lui plaisait mais trop déshumanisé à ses yeux. « Je n'attendais qu'une chose, c'était de rentrer pour écrire. L'écriture est une vraie passion. Quand j'étais petite, je me faisais virer de cours parce que je lisais en cachette, témoigne-t-elle. J'avais le projet de créer une entreprise car j'écrivais beaucoup. Mais le fait d'éditer n'a jamais été une obsession. Avant tout, écrire était un plaisir. Je remercie d'ailleurs mon patron qui m'a virée parce que j'ai pu avancer sur mon projet ! J'avais 40 ans, c'était le moment pour moi de faire le point », confie Marie-Adrienne Carrara. En sept mois à peine, elle construit son projet : bilan de compétences, contacts avec « Je crée en Nord Pas-de-Calais » et la boutique de gestion Espace, explications à la famille... « J'ai écrit sur une feuille ce que je savais faire. Cette chance, c'était l'écriture. Mais j'avais besoin de conseils et d'une personne qui m'oriente. » Son entreprise fait ses débuts en décembre 2004 avec pour première cliente une connaissance qui lui a demandé « d'écrire son histoire ». Le début d'une aventure humaine passionnante pour Marie-Adrienne Carrara.
Ecrire sa propre histoire. « Il y a plusieurs raisons qui poussent les personnes à écrire leur histoire. Tout d'abord la transmission, via les arrière-petits-enfants ou les petits-enfants qui me contactent. Ensuite pour montrer un parcours ou surmonter une difficulté. » Car ce qui est écrit le reste pour l'éternité... « Les personnes décident d'elles-mêmes de la fréquence à laquelle on se rencontre. Dès la seconde séance, je viens avec ce que j'ai écrit et s'il y a des erreurs, nous les corrigeons. » Une vraie collaboration se met ainsi en place, qui se vit au-delà du simple fait de narrer son histoire. Sorte de thérapie pour certains, le récit de sa propre vie permet souvent de révéler des événements auparavant enfouis et qui, une fois énoncés, permettent de mieux avancer. « Les livres sont leurs bébés. Et j'ai fait ce métier parce que je suis passionnée par les gens et par l'écrit », confie Marie-Adrienne Carrara. Alors quand elle évoque Jeanne ou Papy Gérard, elle se souvient de chacune des anecdotes de leur vie mais aussi des moments complices qu'elle a passés avec eux. Des instants parfois difficiles quand elle fait face à des histoires effondrées par l'histoire de leur existence. « Il faut faire preuve de beaucoup d'humanité pour trouver les mots justes quand les gens nous racontent leurs souvenirs. On ne peut pas laisser quelqu'un dans la détresse avec ses souvenirs dérangeants. Quand j'ai monté mon projet, je n'imaginais pas qu'on puisse me raconter des violences. D'ailleurs, j'ai toujours dans ma voiture un disque de chants grégoriens. C'est mon arme absolue pour faire le vide », confie l'écrivain biographe. Alors, après ses séances, elle reste souvent prendre un café pour discuter avec ses clients et n'oublie aucun anniversaire. Comme si elle faisait partie de leur vie. Elle a même écrit l'histoire de ses parents, une collaboration inoubliable au cours de laquelle elle a découvert chaque jour une partie de son passé. « C'est une aventure humaine, on entre dans l'intimité des gens : on vit les naissances, les fêtes. Chaque aventure est différente. Ecrire un livre, c'est comme un bébé, ça prend neuf mois ! »
Survoler l'histoire régionale. Ce métier a également permis à Marie-Adrienne Carrara d'en savoir plus sur le Nord-Pas-de-Calais. Elle survole chaque jour un siècle de l'histoire régionale. Au-delà de l'écriture, elle réalise elle-même la mise en page de ses ouvrages. « J'ai cherché un partenaire imprimeur mais beaucoup m'ont fermé des portes parce que j'édite peu d'exemplaires (de 5 à 500) », se souvient-elle. Une de ses amies lui a néanmoins fait confiance, partenaire avec laquelle elle travaille activement.
Un métier encore inconnu. Marie-Adrienne participe à de nombreuses conférences pour parler de son activité, encore trop méconnue ou souvent confondue avec le métier d'écrivain public. Elle sera ainsi à la médiathèque de Faches-Thumesnil le 11 octobre dans le cadre de "Lire en fête", mais également au salon du livre de Bailleul les 15 et 16 novembre. Elle a aujourd'hui plus d'une quarantaine de livres dont un qui a pour vocation de servir de guide à celles et ceux qui veulent se lancer dans l'aventure1 [Note de l'intéressée : seuls]. Elle finira par nous avouer : « Le fait de se raconter fait du bien à tout le monde. Je suis une oreille très attentive. Parfois, on me demande si je ne suis pas frustrée d'écrire pour les autres. Mais en fait, les gens me laissent une grande liberté. Le plus beau compliment que l'on puisse me faire, c'est quelqu'un qui a l'impression d'avoir la personne à côté d'elle quand elle lit mes ouvrages. Je me souviens avoir écrit un livre pour une grand-mère, dont la famille m'a remerciée après son décès. Ils m'ont dit que grâce à mon ouvrage, leur grand-mère était éternelle... » Une magnifique leçon de vie.

Écrire la vie des gens, leurs joies, leurs drames, à leur demande, c'est ce que fait Marie-Adrienne Carrara, une Villeneuvoise de 41 ans, depuis trois ans. [Note de l'intéressée : merci de me rajeunir, j'ai... 43 ans !] Une activité littéraire assez récente, source de satisfactions pour les deux parties.
« Attention, je ne suis pas écrivain public, je ne rédige pas de lettres ou de CV, je suis ce qu'on appelle, dans le monde de l'édition, un nègre, mais qui s'adresse aux particuliers... » Installée à son bureau, face à l'ordinateur, son principal outil de travail, Marie-Adrienne parle de son activité avec enthousiasme. Cette carrière qu'elle a embrassée assez tard, après avoir été opticienne plusieurs années, la comble pour plusieurs raisons. « J'ai toujours été passionnée par l'écriture et la littérature. À une certaine époque, je lisais une centaine de livres par mois. [Note de l'intéressée : par an] Quand j'ai eu mon bac, et que mes parents m'ont demandé ce que je voulais faire, j'ai répondu écrivain. Mais pour eux, ce n'était pas un "vrai" métier... »
Le temps passa. Quand il eut neuf ans, son fils Antoine eut l'idée de lui demander « une histoire ». Ce fut le déclic. Pourquoi pas écrire d'autres histoires, des histoires vraies ?
Participant à des concours de nouvelles avec succès, animatrice d'un atelier d'écriture, Marie-Adrienne possédait déjà une bonne plume. Restait à trouver la clientèle. Ça s'est fait petit à petit, en participant à des salons littéraires, par le bouche-à-oreille. Trois ans plus tard, le bilan est plutôt bon. La Villeneuvoise est devenue une « pro » et a même écrit un guide du biographe. « Actuellement, j'ai une bonne trentaine de livres à mon actif. Beaucoup de clients sont des personnes d'un certain âge qui ont une vie bien remplie, comme on dit et qui souhaitent transmettre cette expérience, ces témoignages d'une époque révolue. Au départ, c'est souvent un tiers - un fils, un proche de la personne - qui suggère l'idée. Les personnes hésitent mais un rendez-vous est pris. C'est à ce moment qu'elles comprennent mieux le sens de la démarche et la confiance s'installe entre nous. »
Marie-Adrienne évoque avec bonheur quelques-unes de ces rencontres. Par exemple avec cette dame de 98 ans, encore toute pimpante et si gentille, qui fut si émue le jour où elle découvrit le livre terminé, Les mémoires de Mamie Margaux. « Plusieurs de ces clients sont devenus presque des amis, ils m'invitent à leur anniversaire, qui est souvent le jour où ils offrent le livre à leurs proches. » Plaisir d'écrire, contacts humains enrichissants mais aussi plongée dans des milieux nouveaux pour elle, tel est le troisième motif de satisfaction de Marie-Adrienne. « J'ai écrit les mémoires d'une employée de maison, d'un mineur, d'un cadre du textile... Je travaille actuellement avec un psychiatre à la retraite. Autant de mondes passionnants à explorer ! » Elle aurait encore beaucoup de choses à raconter, Marie-Adrienne, mais son emploi du temps est chargé. « Je dois passer chez l'imprimeur et j'ai une séance avec un client... »
Si vous vous laissez tenter, voici comment se passe concrètement l'élaboration du livre.
La biographe vous rend visite une première fois pour faire connaissance, connaître un peu mieux votre parcours, vos souhaits en matière de volume, les documents dont vous disposez (photo), etc. C'est gratuit et sans engagement. Si ça colle, une première série de séances est programmée, généralement à votre domicile. Compter une vingtaine de séances au total, mais ça peut être moins. Celles-ci durent en moyenne une heure et sont assez intensives. Marie-Adrienne vous aide à ressortir de votre mémoire le maximum de souvenirs et prend des notes. Bien sûr, vous pouvez insister sur les périodes que vous souhaitez, éventuellement faire des impasses mais la biographe n'exerce aucune censure. Si vous désirez évoquer des problèmes douloureux, des mauvais souvenirs, des drames, libre à vous. C'est votre choix.
De retour à son bureau, l'écrivain remet ses notes en forme, rédige un premier jet qu'elle vous soumettra la fois suivante afin d'apporter d'éventuelles modifications, d'ajouter des détails précédemment oubliés. Vous devez également discuter avec elle de la couverture, du titre. Tout est fait en concertation.
Quand il n'y a plus rien à rajouter, l'écrivain vous donne à lire la version définitive de la biographie. Elle peut prendre en charge l'impression, mais ce n'est pas une obligation.
Les tarifs sont de 90 € par séance (somme qui comprend le travail d'écriture correspondant). Pour l'impression, compter environ 10 € par livre (nombre au choix, à l'unité près).

Vous n'avez jamais vu sa signature en librairie et pourtant, Marie-Adrienne Carrara est sacrément prolifique. Elle a seize ouvrages en cours, treize achevés l'an dernier, sans compter les nouvelles et les textes courts qu'elle garde pour elle ou qu'elle offre à ses amis. A la place d'un bouquet de fleurs... Ecrire, pour la Villeneuvoise, est bien plus qu'un métier. C'est une passion envahissante qui lui a coûté bien des nuits de sommeil, du temps où elle faisait une carrière brillante... d'opticienne.
Un métier qu'elle a exercé durant vingt ans, jusqu'au jour où elle est licenciée. "J'étais ravie !, sourit Marie-Adrienne. J'étais devenue cadre, je gagnais bien ma vie mais j'en étais à un point où ce métier ne me convenait plus. Il n'était que commercial et je me suis demandé "mais où est l'humain dans tout ça ?" " Sans doute dans les bouquins qu'elle dévorait les uns après les autres, dans les pages qu'elle remplissait, des nuits entières. "Je couchais les enfants et c'est une deuxième vie qui commençait. Je lisais beaucoup, je cherchais mon style. Un peu comme un sportif qui s'entraîne..." De là, le changement de vie s'impose. "Je voulais changer, mais pour quoi ? J'avais 40 ans, je n'avais jamais fait que de l'optique... Et là, j'ai eu l'idée. Je sais écrire, ce n'est pas donné à tout le monde. Je vais en faire profiter les gens."
De quoi mêler les deux passions de Marie-Adrienne : l'écriture et les gens. Elle va écrire la vie des anonymes, des inconnus. Mais coment faire d'une passion un métier ? "Je me suis enfermée chez moi pendant une semaine. J'ai construit mon projet. Je bouillonnais !" Fin 2004, sa société, L'écrigraphe (note de l'intéressée : la société s'intitule "Une vie un livre" et non "L'écrigraphe", qui est le nom trouvé pour son site internet), était créée. Et les clients ont suivi d'emblée. Avec leur histoire à mettre sous la plume de la biographe. Les souvenirs de guerre d'un grand-père pour ses petits-enfants, une série de témoignages pour une association, le siècle vu par une dame de 98 ans, les mémoires d'une grande famille du textile, la rencontre d'un couple qui a un peu vieilli... Ou un hommage à un mari défunt. "Ça faisait des années que cette dame cherchait quelqu'un comme moi. Et, après l'écriture du bouquin elle m'a dit qu'elle avait été en communion avec son mari..."
Les livres de Marie-Adrienne sont au moins aussi variés que l'humanité. Et pleins d'humanité aussi, retranscrivant des entretiens intenses, émouvants. Parfois libérateurs d'un passé douloureux. Ces tranches de vie des gens ordinaires sont ensuite éditées à usage privé des familles, amis, cercles proches. Généralement offerts en cadeau. Dans un but, le plus souvent, de transmission. Un goût d'éternité. L'adage populaire dit bien que les écrits restent, "on n'a rien inventé !, s'amuse Marie-Adrienne. Dès que c'est écrit, c'est éternel. Elle est là la puissance de l'écrit."
Et surtout, "toutes les vies, mêmes celles qui peuvent paraître ordinaires, ont un intérêt." La sienne aussi, forcément. Le rêve de Marie-Adrienne est désormais de goûter elle aussi à l'éternité de ses souvenirs, en écrivant la vie de ses parents, partagée entre le Nord de la France et le Maroc. "Quand je vois ce que ça fait chez les gens, l'émotion qu'ils ressentent en lisant un bouquin dont ils connaissent d'avance le contenu, je voudrais que mes enfants connaissent ça." Et, comme elle, la plupart de ses clients, avides de garder des traces du passé, sont des quadragénaires. Pas des anciens.
C'est que cette émotion est universelle. "Des deux côtés, du mien et celui de mes clients, c'est une magnifique aventure que de remonter le temps comme ça. De connaître des émotions intactes malgré les années." Toujours un énorme succès qui compense largement le petit tirage de ses ouvrages : 5, 50, 60... Jamais au-delà de 100.
Les têtes de gondole des librairies font rêver, forcément, mais l'essentiel n'est pas là. Même si la biographe, sorte de "nègre pour inconnus", ne signe jamais de sa main mais de celle du propriétaire de l'histoire, elle a des projets de romans, voire même d'une saga...
Mais en attendant, elle est toute ouïe aux petites et grandes histoires de M. et Mme tout le monde. Et "revis, en accord avec moi-même" grâce à eux. Elle le répète : "Je fais le plus beau métier du monde !"
L'écrigraphe : 03.20.47.65.61. www.lecrigraphe.com, contact@lecrigraphe.com

Dans son bureau de Villeneuve-d'Ascq, Marie-Adrienne écrit. Une passion qui remonte à l'enfance. Depuis deux ans, elle en vit. Et pourtant... Elle était auparavant opticienne à Saint-Maximin, dans l'Oise. Une carrière de vingt ans ! Mais quand la passion vous déborde, vingt années, cela fait beaucoup, peut-être trop...
Le changement de vie commence par un retour dans le Nord, sa région natale et de coeur, où elle retrouve sa famille. Six mois plus tard, le magasin dans lequel elle a repris un poste d'opticienne ferme ses portes. "Un signe" se dit-elle. Marie-Adrienne s'enferme dans son bureau pendant des jours entiers, à tel point que sa famille s'inquiète. "J'aime écrire, mais puis-je en vivre ?", se demande-t-elle. "Ce n'est pas un métier", ne cesse-t-on de lui répéter. Elle persiste pourtant et pense à un concept original : écrire l'histoire de gens ordinaires. Quelques recherches sur Internet plus tard, elle s'aperçoit qu'elle n'est pas la seule à avoir eu cette idée. Il existe en Bretagne un réseau de "nègres pour inconnus", auquel elle décide de se rallier.
En 2004, un premier coup de fil retentit. Une "cliente" vient de recevoir comme présent d'anniversaire, à l'occasion de ses quarante ans, le financement du livre de "sa vie". L'affaire est lancée. S'ensuivront une multitude de rendez-vous et d'entretiens téléphoniques aboutisssant à la création d'un ouvrage conçu "sur mesure". Puis, le bouche-à-oreille fonctionne. En un an, Marie-Adrienne compte déjà plus de dix ouvrages à son actif. Transmission d'une histoire ou d'un savoir faire, l'objectif des personnes qui la contactent n'est pas l'édition. Il s'agit surtout d'une initiative personnelle. Qui n'a jamais rêvé de laisser à la postérité une trace tangible de son passage sur terre, si ordinaire soit-il ?
Toute l'année, les témoignages défilent mais ne se ressemblent pas. Certains livrent des pans de vie à leurs enfants et petits-enfants. D'autres veulent pafois simplement témoigner d'un handicap ou d'un sujet qui les touche. "Ils couchent sur papier ce qu'ils ont envie de laisser d'eux. En une heure, ils me livrent parfois dix-sept années de leur vie puis le lendemain, ils passent deux heures à me raconter en détail leur mariage."
Du mineur polonais au pharmacien de campagne, ce sont des pans entiers de l'histoire régionale qui refont surface. "Les gens me donnent un rôle. Je dois entrer dans la peau du personnage que j'ai en face de moi. Je retranscris la façon dont mon interlocuteur s'exprime ainsi que tous ses tics de langage. Un jour, je peux, dans l'écriture, me retrouver au milieu d'un champs dans les Flandres. Le lendemain je plonge au coeur d'une guerre mondiale. Ce qui m'étonne, c'est la mémoire de mes interlocuteurs. Certains se souviennent précisément du prix d'un objet qu'ils ont acheté il y a plus de cinquante ans !" s'étonne-t-elle.
Aujourd'hui, les projets d'écriture ne manquent pas. Ils sont de plus en plus nombreux ceux qui souhaitent transmettre un témoignage aux générations futures... Et "malgré les moyens de communication actuels, les gens ne se parlent plus", constate Marie-Adrienne. Un projet lui tient particulièrement à coeur : écrire la biographie de ses parents, sa propre histoire, en quelque sorte.

Nègre pour inconnus : tel est l'étonnant métier de Marie-Adrienne, qui rédige depuis un an déjà les mémoires de M. et Mme Tout-le-monde. Un rêve pour cette opticienne qui avait fait une croix sur ses ambitions d'écrivain sous la pression familiale. Vingt ans d'optique n'ont pourtant pas eu raison de cette passion dévorante. Et puis un heureux (!) licenciement vient bouleverser la donne : fatiguée par sa profession, elle s'interroge sur ce qu'elle veut réellement faire de sa vie. Ecrire ! La réponse lui apparaît comme une évidence. Elle décide alors de prêter sa plume aux autres et se lance à 40 ans dans l'aventure de la biographie familiale. Depuis, chaque jour, elle écoute et retranscrit le plus fidèlement possible les souvenirs de ceux qui veulent laisser une trace, lever un secret de famille ou faire le point sur leur vie. Une femme qui a définitivement fermé un chapitre de sa vie pour suivre à la lettre son amour des gens et des mots...
ESPRIT FEMME : La passion des lettres vous a-t-elle toujours habitée ?
MARIE-ADRIENNE : Je pense que oui. Lorsque j'étais jeune, mes copines couraient les magasins et les garçons quand je passais mes samedis après-midi dans la grande librairie de Lille... Je me souviens qu'en terminale, mes parents m'ont demandé ce que je voulais faire. J'ai répondu naturellement écrivain. Et là, ils m'ont rétorqué que ce n'était pas un métier... C'est ainsi que je me suis tournée vers des études d'opticienne. Une profession qui m'a, cela dit, beaucoup plu pendant près de vingt ans... sans pour autant me faire oublier mon amour des mots. J'ai toujours dévoré pas moins de 100 livres par an...
Qu'est-ce qui vous a poussée à changer de voie ?
Au fil des années, mon métier a évolué dans le mauvais sens et a fini par se limiter à l'aspect commercial. En parallèle, je me suis mise à écrire des petites histoires pour mes enfants et à participer à des concours de nouvelles. J'avais toujours plus hâte de rentrer le soir pour retrouver mon bureau et mon stylo ! Une passion de plus en plus dévorante, mais qui ne relevait encore que des loisirs. Et puis voilà deux ans, j'ai traversé une petite crise de la quarantaine qui m'a poussée à remettre mon activité professionnelle en question. Je me suis alors dit que j'avais encore vingt ans de boulot devant moi et qu'il était hors de question d'y aller tous les jours avec des semelles de plomb ! Pour autant, je ne trouvais pas le courage de tout laisser tomber.
Quel a été le déclic ?
Mon licenciement, suite à un dépôt de bilan, qui m'a obligée à m'interroger sérieusement sur mon avenir. Je me suis alors posé une seule question : que sais-je faire ? Ecrire, évidemment ! Restait à transformer ce don en métier... J'ai ainsi imaginé ce qui m'apparaissait comme une idée géniale et nouvelle : prêter ma plume aux anonymes pour rédiger leurs mémoires. J'ai commencé à prendre quelques renseignements et à construire un petit bout de projet via Internet. Et au bout d'une semaine, j'ai découvert le site du réseau Nègres Pour Inconnus. Je n'avais finalement rien inventé ! Ce qui était en somme plutôt rassurant : si d'autres gagnaient ainsi leur vie, mon idée n'était donc pas si farfelue.
Comment avez-vous construit votre projet ?
Je me suis bien entourée : Guillaume Moinjeon, le président du NPI, ainsi qu'un conseiller en ligne des Boutiques de Gestion (antennes d'aide à la création d'entreprise) m'ont épaulée tout au long de cette aventure. J'ai choisi sur leurs conseils un statut de profession libérale en entreprise individuelle : les démarches sont très simples, gratuites, et en plus l'existence de l'entreprise est quasi immédiate. J'ai donc pu me lancer assez rapidement, d'autant que mon projet ne nécessite pas d'investissements particuliers : un ordinateur, une imprimante et une voiture suffisent... Je n'ai donc pas eu à demander de prêt bancaire.
En quoi consiste votre travail ?
Je prête ma plume à qui veut écrire son histoire. Je dois donc faire preuve d'une grande qualité d'écoute pour faire abstraction de moi-même et me glisser dans la peau de mon client. Quand j'écris pour quelqu'un qui a 72 ans, j'ai 72 ans. Je suis comme un comédien : ce que lui rend en mimiques, moi je le retranscris en mots. Parfois j'ai même un peu l'impression de jouer le rôle de psy, car certains de mes clients veulent faire un point sur leur vie ou révéler un secret de famille. Il faut donc gérer l'émotion, les crises de larmes et l'angoisse. J'entre dans l'intimité des gens. A ce titre, je me dois au plus grand respect.
Quel est le processus du premier entretien au livre imprimé ?
La première rencontre est gratuite et n'engage à rien. Si la personne se lance, nous établissons un planning d'entretiens. Je facture 90 euros la séance, autrement dit une heure d'écoute et la rédaction du passage relaté. C'est un fonctionnement que je trouve honnête, car le client voit l'avancée de mon travail et peut décider d'arrêter à tout moment. Il faut compter entre 15 et 25 séances pour une biographie, soit en moyenne 1800 euros. A cela il faut ajouter les frais d'impression, sur lesquels je ne prends aucune marge. A titre d'exemple, trente exemplaires coûtent environ 300 euros. Mon tarif peut sembler élevé, mais c'est un travail qui demande énormément de temps entre les déplacements, la prise de notes, la rédaction et la mise en page. Mon entreprise existe depuis un an, et j'ai à ce jour rédigé 13 biographies. Je m'octroie entre 1200 et 1500 euros net par mois. Un salaire plutôt élevé pour une première année d'activité, mais la donne va changer prochainement, car j'étais jusque-là exonérée de charges sociales.
Comment avez-vous trouvé vos premiers clients ?
J'ai tenté de faire ma promotion sur les marchés, dans les maisons de retraite et chez les notaires de la région, sans succès. Et puis coup de chance : j'ai rencontré sur un salon des employés de la Caisse régionale d'Assurance Maladie, grâce auxquels j'ai obtenu un article dans le magazine distribué aux 800 000 retraités de Nord-Picardie ! L'effet a été immédiat : 120 appels en quelques semaines ! La machine était lancée, mais pas question pour autant de me reposer sur mes lauriers : dans ce métier, impossible de compter sur la fidélisation, puisque les gens ne font appel à vous qu'une seule fois. La prospection doit être permanente. Je laisse donc régulièrement des prospectus dans les bibliothèques, les librairies ou encore les centres culturels.
Que vous a enseigné cette nouvelle profession ?
Une chose à laquelle je n'avais pas pensé : la fragilité de la vie. Tous ces destins m'ont appris à relativiser les petits problèmes quotidiens et à vivre chaque moment pleinement. Je ne m'attache plus aux futilités. Du coup, parfois, je me sens en décalage avec mon entourage. C'est comme si j'avais acquis une sorte de sagesse plus vite que les autres. Les expériences de tous mes clients ont un peu forgé la mienne.
Avoir une certaine maturité
Je ne pense pas que l'on puisse se lancer à 20 ans. Il faut du recul pour digérer les histoires des gens.
Aimer autant les gens que l'écriture
Il faut certes avoir une plume mais ce n'est pas suffisant. La qualité d'écoute, l'empathie et l'humanité sont primordiales.
Savoir s'adapter à toutes situations
On peut être amené à travailler avec un ex-général comme avec un ancien mineur. L'approche humaine et l'écriture ne seront pas les mêmes.
Ecrire vite
A 90 euros la séance, s'il faut trois heures pour reprendre une heure d'entretien, mieux vaut changer de métier !
histoiresdevie.com
Avant toute chose, il est utile de prendre contact avec des biographes familiaux pour comprendre les enjeux et les difficultés de ce métier en vogue, qui, même s'il semble accessible, demande des compétences bien particulières.
www.boutiques-de-gestion.com
700 conseillers répartis dans toute la France sont à la disposition des créateurs d'entreprises pour les soutenir tout au long de la construction de leur projet. Il ne s'agit pas d'une aide financière, mais de conseils avisés.


L'un écrit des fictions, l'une écrit des vies. Une passion les unit : l'amour de l'écriture. Marie-Adrienne Carrara, écrivain-biographe, et Michel Gaulier, auteur, étaient les invités du cinquième troc lecture à la médiathèque Marguerite Yourcenar de Faches-Thumesnil. (...)
(...) Débordant d'énergie, Marie-Adrienne Carrara parle avec amour de son métier d'écrivain-biographe : "Je prête ma plume à qui veut écrire son histoire. Je suis une "lécrigraphe", un "écrivain privé". Sous forme de séance, elle retranscrit des vies pour l'éternité. Elle compte parmi sa "clientèle" des personnes de 40 à 90 ans désireuses de transmettre un héritage. "Il n'est pas nécessaire d'avoir une vie extraordinaire", souligne-t-elle. Habitante de Villeneuve-d'Ascq, Marie-Adrienne Carrara a quitté son métier d'opticienne pour se consacrer à sa passion de l'écriture et des gens. L'écrivain biographe écrit aussi quelques nouvelles pour le plaisir.


Marie-Adrienne Carrara préfère "écrivain familial". "Je suis un auteur un peu particulier. Je vais dans les familles, j'y passe du temps..." Opticienne de formation, elle a exercé vingt ans avant de tout laisser tomber. "Quand j'étais jeune, je rêvais d'écrire, mais mes parents ne voulaient pas. Alors j'ai fait des études. Et une belle carrière..." Jusqu'au jour où la passion reprend le dessus. Marie-Adrienne a l'idée de devenir écrivain biographe : "J'ai trouvé cette idée géniale..." Elle développe son projet, monte son entreprise et se lance l'an dernier. Des regrets ? "Ma vie est géniale. J'ai le plus beau métier du monde. Je rencontre des tas de gens avec leurs histoires..."
Justement, quel genre d'histoires ? "Ça concerne Monsieur et Madame Tout-le-monde, de 70 ou de 30 ans. Parfois, ils sont envie de transmettre à leurs enfants et leurs petits-enfants. Ou ils ont besoin de témoigner, raconter..." Des choses heureuses ou douloureuses : "Oui, ça arrive... comme parler d'un inceste... Ça fait aussi partie de la vie." Une démarche thérapeutique ? "A partir du moment où on a besoin de se raconter, c'est un peu une thérapie. Je me souviens d'une dame qui voulait que j'écrive sur son mari, décédé. Les premières séances, elle les a passées à pleurer."
Ne pas imaginer pour autant que l'écrivain ne se nourrit que de douleurs. Au contraire. "C'est un travail de mémoire. On raconte des tas de peittes choses auxquelles on ne prend pas garde d'habitude. C'est parfois étonnant de précision. Il y a des gens qui vous disent au centime près le prix d'un bout de viande en 44 pendant la guerre, ou qui vous parle d'une odeur particulière... Et à partir de tout ce matériau, le livre prend forme : "Je ne fais aucun tri. Je note tout. A partir du moment où les gens ressentent le besoin de le dire, c'est que ça a de l'importance. A chaque séance, j'apporte ce que j'ai écrit la fois d'avant, et on travaille ensemble. C'est une collaboration. Ensuite on peut insérer des photos." Et de montrer l'ouvrage commandé par un grand-père pour ses petits-enfants. "On a mis des photos de la gran-mère à 20 ans. C'est génial quand on est jeune d'avoir ça..." Ou celle de ce monsieur, célibataire, sans enfants, "il avait envie de laisser une trace. J'ai failli pleurer quand j'ai lu la dédicace qu'il m'avait laissée."
Un métier d'émotion et de passion. "Je revis. C'est à chaque fois une grande leçon de côtoyer tous ces destins. On prend conscience de la fragilité des choses." Paradoxe : ce métier, encore mal connu répond à un vrai besoin : "Depuis janvier, j'en ai fait onze. Quand j'ai eu un article dans les magazine de la CRAM, j'ai reçu 120 appels. Les gens ont besoin de parler..."
A. M.
M.-A. Carrara sera aujourd'hui de 14h30 à 17h30, parking Malraux. Tel/ 03.20.47.65.61.
Note : C'est à l'occasion du Festival de la Biographie de Neuville-en-Ferrain que le journaliste de Nord Eclair a fait cet article.

"Je suis née avec un stylo dans la main." Marie-Adrienne Carrara évoque sa passion avec délice car, pour elle, l'écriture est une nourriture. Elle lit, elle écrit des nouvelles, elle adore cela au point de décider d'en faire son métier. Depuis l'an dernier, elle est écrivain-biographe. La rencontre de ces gens, des ces monsieur et madame Tout le monde, chez qui elle s'est immiscée le temps d'immortaliser leur histoire sur papier, lui laisse un souvenir magique.
Ancienne opticienne, elle vit un rêve. Elle qui avait une situation professionnelle enviable a pris des risques. Pourtant, au fond, il y avait cette impérieuse envie de changement. "J'ai toujours voulu être écrivain mais cette profession n'a jamais plu à mes parents. Pour eux, ce n'était pas ça qui m'aurait fait vivre." Après quelques désillusions, Marie-Adrienne Carrara refuse de continuer son chemin dans l'optique et se lance dans l'écriture. Cette amoureuse des mots décide de mettre ses capacités au service des autres. Idée lumineuse, c'est le déclic : "Ecrire l'histoire des gens, j'ai trouvé ça génial ! " Quelques recherches sur le net lui révèlent qu'elle n'est pas la première : "Je me suis trouvée tout de suite moins géniale, mais rassurée parce que j'ai su que c'était possible et viable." Elle obtient quelques conseils de l'un de ses collègues bretons, Guillaume Moingeon, initiateur du réseau "Nègres pour inconnus" auquel elle s'est ralliée. "Nous sommes très peu à exercer cette profession, alors on se sert les coudes."
Une année d'expérience et onze biographies à la clé. Marie-Adrienne Carrara a maintenant une liste d'attente qui ne fait que gonfler, "la demande est énorme !" Ses clients sont des personnes désireuses d'écrire leurs mémoires, de laisser une trace avant de s'en aller ou des hommes et des femmes qui veulent faire un point sur leur vie. "Revenir en arrière sur ce qu'on a fait, ce qu'on est, est une façon de remettre les pendules à l'heure." Certains veulent écrire la page pour mieux la tourner, conjurer un vieux fantôme ou immortaliser un savoir-faire, évoquer une expérience vécue. "On me confie énormément de secrets, remarque-t-elle. Je ne suis pas là pour juger les gens, juste pour écouter leur histoire".
Les entretiens prennent parfois des allures de séances d'analyse : elle affronte parfois les larmes, mais se délecte aussi des crises de rire qui surviennent à l'évocation du bon vieux temps. "Je finis par connaître tout l'entourage de mes clients." A tel point qu'on finit souvent par la considérer comme une amie de la famille.
"Pour chaque bio, il me faut de quinze à vingt séances d'entretien. Ensuite, je rédige ce qu'ils m'auront raconté. Enfin, je leur amène mon travail pour qu'il puisse y apporter quelques modifications. On échange beaucoup." La phase d'écriture est un travail de projection, "ce n'est pas moi qui écris. Ce sont mes clients. Quand je rédige la biographie d'une personne de 72 ans, j'ai 72 ans. C'est une démarche proche de celle des comédiens qui entrent dans la peau d'un personnage." Un peu frustrant non ? "C'est un exercice, mais je compte bien me remettre aussi à mes travaux personnels. J'ai l'intention d'écrire "l'autobiographie d'un écrivain-biographe". Ce rêve que j'ai pu concrétiser est très précieux. En côtoyant tous ces destins, je me dis que la vie est fragile et qu'il faut en apprécier chaque moment." L'écriture panse les douleurs. "Une de mes clientes, veuve depuis quelques années, n'a jamais réussi à faire son deuil. Elle avait besoin de me parler de son mari. Revivre ses souvenirs lui a permis de le retrouver et en même temps de faire son deuil, elle a beaucoup évolué au fil des séances."
Il y a aussi cette bande d'anciens colocataires qui a voulu garder par écrit le souvenir de quatre ans de vie commune. "Les gens ont besoin de parler d'eux, j'ai l'impression qu'aujourd'hui, malgré les moyens de communication déployés, les gens échangent de moins en moins." Redonner de l'importance à une vie, prendre conscience de la force de chaque histoire, se souvenir, offrir et partager. "J'ai trouvé le côté humain qui me manquait dans mon ancien travail."
Marie-Adrienne CARRARA, madcarrara@club-internet.fr
Tél. : 03 20 47 65 61. A partir de 90 euros la séance d'une heure d'écoute + temps d'écriture.
Retrouvez Marie-Adrienne au salon de la biographie de Neuville-en-Ferrain les 24 et 25 septembre et au salon du livre de Marquette les 8 et 9 octobre.

Opticienne pendant une vingtaine d'années, mais passionnée depuis toujours par les livres et
l'écriture, lauréate de plusieurs concours de nouvelles, auteur d'histoires pour son petit garçon,
co-animatrice d'un atelier d'écritures et de soirées "contes", Marie-Adrienne consacre la majeure
partie de son temps à écrire la vie des autres depuis qu'elle a été licenciée de son dernier
emploi salarié.
Trouvant une occasion de joindre l'utile à l'agréable, elle s'est mise à son compte et exerce le
métier d'écrivain biographe, encore peu répandu, mais promis à un bel avenir tant ce qui relève de
la vie privée, de la transmission du patrimoine familial a pris de la valeur dans notre monde ou
règne l'éphémère, le jetable et le star système. Comment les parents, grands-parents,
arrière-grands-parents se sont rencontrés, ont fondé une famille, ont traversé le temps, leurs
joies, leurs peines, leurs amours, intrigue et intéresse les jeunes générations qui ne les ont
connus qu'adultes et vieillissant.
Mais écrire ses souvenirs, ses mémoires, relater un épisode de sa vie n'est pas à la portée de
tout le monde. "Il est plus facile de raconter que d'écrire, aucune vie n'est banale." nous dit
Marie-Adrienne, aussi à l'aise à l'oral qu'à l'écrit, qui compare son métier à celui d'un
thérapeute s'introduisant dans l'intimité des gens, les écoutant sans les juger mais pour les
aider à "accoucher" de leur histoire.
Les clients du biographe familial sont principalement des femmes d'âge mûr (de 60 à 95 ans),
plus rarement des hommes, exceptionnellement des quadragénaires. Les motivations ne manquent pas.
Certains, sentant ou s'imaginant leur fin proche, souhaitent faire le bilan de leur vie, laisser
une sorte de testament. D'autres ont à coeur de révéler des secrets de famille trop longtemps
dissimulés, un épisode douloureux de leur jeunesse, raconter leur service militaire, leurs
voyages... Une fois le pas franchi, il suffit de raconter, le biographe fait le reste, depuis le
recueil du récit jusqu'à l'édition de l'ouvrage.
"La première rencontre me permet de cerner la personnalité de l'auteur, de connaître ses attentes,
je lui propose ensuite un planning d'entretiens, généralement une heure, une ou plusieurs fois par
semaine, mais cela peut être plus, je m'adapte. Quand nous tombons d'accord sur les conditions
matérielles de réalisation, je me déplace chez lui et le laisse parler, j'enregistre ses propos et
je n'interviens que pour relancer le récit ou éclaircir un point de détail. Rentrée chez moi, je
me mets à l'écriture, je réalise une première version que je soumets à l'auteur qui peut, s'il le
désire, modifier ou décider de faire des coupes. C'est un travail qui demande beaucoup de partage".
En fait le livre s'écrit à deux. La réussite dépend beaucoup de la relation de confiance, voire
d'amitié qui s'établit entre l'auteur et son nègre. Tout ce qui est écrit doit être la traduction
sincère et fidèle de ce qui a été confié au biographe. Il n'y a pas de "bidonnage" mais la
relation de vie ou d'une tranche de vie et l'auteur doit retrouver dans l'ouvrage ce qu'il a livré
oralement. Pour donner encore plus d'authenticité et de vie, donner une touche personnelle et
enrichir le récit, la biographie peut être illustrée de photos, dessins, lettres, papiers et
documents.

N'avez vous jamais entendu dire, ou n'avez vous jamais dit vous-même :"Ah, avec tout ce que j'ai
vécu, je pourrais écrire un livre" ? Le genre de phrases que l'on prononce mille fois, sans jamais
joindre le geste à la parole. Fini ces mots en l'air, Marie-Adrienne Carrara, qui a ouvert ce
mois-ci à Villeneuve d'Ascq un cabinet de biographie familiale, se propose d'agir pour vous.
Dès qu'elle a sur s'exprimer et tenir un crayon, cette villeneuvoise a développé une véritable
passion pour l'écriture. Etudiante, elle a même envisagé de devenir écrivain. C'était sans compter
l'avis de ses parents, peu enclins à la voir emprunter le chemin des belles lettres.
Marie-Adrienne s'est donc lancée dans des études d'optique, tout en continuant à rédiger des
nouvelles parce que "les mots, ça ne vous quitte jamais".
Son inspiration, elle la trouve dans son entourage. "Les gens, que ce soit dans mon cabinet
d'optique, dans la rue ou dans le bus, m'ont toujours raconté leur vie. Et moi j'ai écrit des
nouvelles à partir de leurs histoires". Mais un jour, son fils, maintenant âgé de 11 ans, s'est
plaint : "tu écris toujours pour les autres et jamais pour moi". Elle l'a pris au mot et lui a
rédigé une nouvelle qu'elle a reliée sous forme de livre. "Quelle fierté et quel bonheur dans ses
yeux quand je lui ai offert !".
Face à ce premier succès, c'est décidé, en mars 2004, Marie-Adrienne lâche l'optique pour se
lancer dans la carrière de biographe familial.
"Je ne suis pas psychologue, je ne guéris personne. Je vais chez mes clients écouter leurs
souvenirs. En fait je suis une passoire : je m'imprègne de leur personnalité, de leur vocabulaire,
de leurs tics de langage. Je prends des notes et, rentrée chez moi, je rédige leur histoire à la
première personne en respectant leur style".
Pour s'installer, Marie-Adrienne a reçu les conseils d'un biographe familial de Loire-Atlantique
et a adhéré au réseau national "Nègre pour inconnu" qui s'impose un code de déontologie strict :
chaque rencontre entre Marie-Adrienne et son client est soumise au secret professionnel. "En fait,
je suis une sorte de confesseur laïque, et les entretiens virent souvent à la confidence car les
personnes fouillent leur mémoire. L'investissement émotionnel est important. Selon les souvenirs
évoqués, certains moments sont très ludiques, d'autres poignants. L'éthique que je me suis fixée
me permet de garder une distance afin d'être sûre de conserver mon intégrité dans l'écriture".
Car le but premier de Marie-Adrienne, c'est bien que son "client, quand il lit ce que j'ai écrit,
se reconnaisse tout de suite, qu'il voie sa vie défiler à travers des mots. C'est son livre, ce
n'est pas le mien".
Pour être "nègre", il ne faut pas avoir envie de gloire. Marie-Adrienne est l'oreille et la plume,
"c'est tout", dit-elle avec modestie. Elle ne fait "que" verbaliser les souvenirs et écrit un
livre dont son client est l'unique héros, puisque c'est sa vie qui y est racontée. S'agit-il de
pure abnégation puisqu'écrire est sa passion et que "chaque rencontre est un plaisir. Une grande
complicité se crée entre la personne qui me commande une biographie et moi".
Mais au plaisir vient s'ajouter une somme de travail conséquente. Chaque rencontre d'une heure (il
en faut en moyenne une vingtaine) est suivie d'une longue phase de rédaction.
En effet, ce n'est pas parce que ses deux premières commandes sont le fait de personnes jeunes (la
quarantaine) qu'il n'y a pas grand chose à raconter ! "C'est étrange, j'étais partie avec l'idée
que mon travail intéresserait avant tout des personnes âgées. Mais après tout à 40 ans, la vie est
déjà riche ! Et mon but est de raconter toutes les histoires, quelles qu'elles soient, avant
qu'elles ne se perdent".
Une fois le manuscrit terminé, relu et amendé par le client, ce dernier donne l'aspect qu'il veut
au livre de sa vie. Libre à lui de choisir la couverture, le titre, le format, le nombre
d'exemplaires qu'il souhaite. Les imprimeurs avec qui Marie-Adrienne est en contact, s'occupent du
reste.
"J'attends avec impatience le jour où je vais livrer ma toute première biographie. Pour moi, ce
sera un grand moment". A n'en pas douter !(...)


A quarante ans, Marie-Adrienne CARRARA a décidé de changer de vie. Elle a abandonné son
confortable statut d'opticien pour devenir biographe familiale. Désormais, elle met en mots les
histoires des autres. "Même en magasin, les gens me racontaient tout le temps leur vie. Je dois
avoir un truc !" Née à Lille, résidant à Villeneuve d'Ascq, Marie-Adrienne Carrara est opticienne
depuis une vingtaine d'années. Le soir et le week-end, elle écrit des nouvelles, anime un atelier
d'écriture. "Mais cette passion a commencé à m'épanouir plus que mon boulot." Un jour -"la crise
de la quarantaine ?"- elle décide de quitter son travail malgré d'importantes responsabilités et
un salaire confortable.
Depuis deux mois, Marie-Adrienne est biographe familiale. Elle prête sa plume à ceux qui
souhaitent raconter tout ou partie de leur vie. "Les gens ressentent de plus en plus le besoin de
transmettre un héritage, de laisser une trace."
La biographie s'élabore au fil de "séances" au domicile du client. Les personnes âgées ne sont pas les seules à effectuer une telle démarche, des couples désirant écrire leur histoire à l'occasion de leur mariage ou "des jeunes de quarante ans" se lancent aussi dans l'aventure. Marie-Adrienne écoute et retranscrit, sans juger. "Il y a parfois des fantômes à conjurer, des secrets de famille. En faisant simplement la chronologie, on peut comprendre des choses que la personne elle-même n'a pas vues." L'intimité des échanges aidant, une relation particulière s'instaure entre le biographe et son client : "A force de se voir, on se manque vite... Et on attend la suite !"


Marie-Adrienne CARRARA a la passion de l'écriture. Elle a fait de cette passion sa profession :
biographe familial. Elle met ses talents à la disposition de ceux qui souhaitent consigner sous
forme d'un livre les expériences qu'ils ont traversées au cours de leurs vie. "Je suis la
première dans la région", explique Marie-Adrienne. Animatrice d'atelier d'écriture, elle a requis
les conseils d'un biographe familial professionnel en Bretagne. "Je fais office de lien entre
générations. Mon travail consiste à transmettre les héritages familiaux" se réjouit la biographe.
Elle recueille les souvenirs (à raison de 90 euros de l'heure), les met en forme et les fait
imprimer selon le souhait de ses clients. Une façon de mettre la vie en volume(s).
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