site de Marie-Adrienne CARRARA, écrivain-biographe

Quand j'ai annoncé que je voulais devenir écrivain, mes parents ont répondu : "Passe ton bac d'abord !". Donc j'ai fait des études et suis devenue opticienne. Mais le démon des mots ne m'a jamais lâchée.
J'ai écrit des quantités de nouvelles, participé à de nombreux concours d'écriture et un jour, mon fils m'a demandé de lui écrire un livre. Je n'ai pas hésité longtemps et je crois qu'il se souviendra longtemps de son neuvième anniversaire ! Plus tard, j'ai participé puis animé un atelier d'écriture pendant deux ans.
C'est en 2004 qu'a démarré l'aventure. En février, j'ai été licenciée par un jeune loup qui pensait s'enrichir vite en ouvrant un magasin d'optique. Mais six mois plus tard, mon collègue et moi prenions un aller simple pour l'ANPE. Après quelques jours de flou, j'ai commencé à m'interroger sur mon avenir. Le constat n'a pas tardé : après vingt ans d'exercice, l'optique ne me faisait plus vibrer. J'ai d'abord attribué ce malaise à la situation. Mais très vite, je m'en suis réjouie.
C'est à force de réfléchir que l'idée est venue… comme une évidence. Pourquoi ne pas vivre de ma passion ? Certes, jusque-là, mes écrits ne m'avaient jamais rien ramené. Tout au plus du plaisir, des gains et des honneurs à quelques concours. Rien en tout cas qui garantissait un avenir. Qu'à cela ne tienne, je tenais quand même une idée que je n'allais plus lâcher : prêter ma plume à qui veut écrire ses souvenirs. En somme, je réinventais le métier de nègre* en le mettant à la portée de tous.
Je suis partie à fond dans mon projet, vibrante et portée par l'idée. J'ai travaillé sans relâche et sans rien dire à personne. Au bout d'une semaine, tout était plus clair. Pour ce qui était de la méthodologie, mon atout non négligeable était d'avoir lu, depuis une éternité, une centaine de bouquins par an. Je me sentais donc capable de mener à bien une biographie chronologique, thématique, polyphonique ou autre. La question juridique réglée, j'ai réfléchi à l'aspect commercial. Autrement dit, comment prospecter et atteindre mes clients. Quand j'ai eu toutes les réponses, presque machinalement, j'ai lancé une recherche sur Google et là, bingo ! Devant moi s'est affichée une longue liste d'écrivains biographes. Je n'avais donc pas l'exclusivité de l'idée et j'en fus déçue. Après coup, pourtant, j'ai trouvé cela plutôt rassurant.
J'ai dévoré toutes les pages web et je suis entrée en contact avec Guillaume Moingeon, un écrivain biographe exerçant depuis huit ans en Bretagne. Nous avons échangé et, avec ses réponses et les infos dont je disposais, j'ai bouclé le projet. Je savais déjà que l'optique, c'était fini pour moi !
J'ai commencé mon activité en septembre, soit six mois après mon licenciement. Par chance, les clients sont venus assez vite. Depuis, je vis un rêve éveillé. Je rêvais d'écrire : j'écris toute la journée. J'avais besoin de contacts humains : j'en ai de très privilégiés. Devant une tasse de café, les gens me confient leurs souvenirs et leurs secrets, leurs espoirs et leurs doutes. Je côtoie tous les milieux, j'apprends des tas de choses, je redécouvre ma région. Aujourd'hui, je bénis chaque jour l'incompétence de mon cher patron.
Aller au bout de son rêve demande une bonne dose de courage. Dès le début, je me suis sentie portée comme si ce métier m'était destiné. Je le pratique maintenant depuis plus de deux ans et je ne regrette rien. Même pas d'avoir attendu 41 ans pour faire ce grand pas, ce virage qui a changé toute ma vie. Là et seulement là, j'étais bien dans ma tête, prête à entendre des moments de pur plaisir, mais aussi le chaos de certaines vies. Aujourd'hui, je me sens en parfait accord avec moi-même. Aller au bout de ses rêves reste un bonheur de chaque instant. Je vous souhaite de trouver vous aussi ce courage. Parfois, il suffit d'un rien !
Note : aujourd'hui, ma mère découpe tous les articles parlant de moi ! Consciente du temps qui passe, j'ai même fini par décider mes parents à écrire avec eux l'histoire de leur vie. Mon mari qui a vite adhéré à l'idée me donne un gros coup de main. Pas pour l'écriture qui reste mon domaine, mais pour tout le reste ! Quant à mes enfants, ils adorent dire que leur maman est écrivain !
*nègre : de nos jours, le terme peut choquer. On parle plus pudiquement d'écrivain biographe ; en anglais, on trouverait un "ghostwriter" (écrivain fantôme) !
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